5 questions à… Maryline DORTIGNAC, nouvelle Déléguée Générale de La Chaîne Logistique du Froid

13/04/2026
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Nouvelle Déléguée Générale de La Chaîne Logistique du Froid, Maryline DORTIGNAC a pris ses fonctions dans un contexte marqué par des transformations profondes de la filière. Forte d’un parcours à la fois opérationnel et engagé au cœur de l’écosystème du transport sous température dirigée, elle porte une vision structurée et ancrée dans les réalités du terrain.

À travers cet entretien, elle revient sur son parcours, partage son regard sur les enjeux actuels de la chaîne du froid et précise les priorités qu’elle souhaite impulser pour accompagner les entreprises du secteur. Entre transition énergétique, contraintes économiques et évolution du rôle des organisations professionnelles, cet échange met en lumière les dynamiques à l’œuvre et les perspectives pour la filière.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours et votre expérience dans le secteur du transport ?

J’ai la chance extrême d’avoir un parcours qui est à la fois opérationnel, entrepreneurial et très ancré dans l’écosystème du froid.

J’ai dirigé une entreprise de transport, avec des responsabilités très concrètes : performance économique, gestion d’équipes, contraintes d’exploitation, relation client. Cela m’a donné une connaissance directe des réalités du terrain, où chaque décision a un impact immédiat.

Parallèlement, j’ai été amenée à porter des projets structurants pour la filière, notamment autour de l’électrification des remorques frigorifiques ou de la sécurité des opérations, en lien avec des industriels, des transporteurs et des partenaires institutionnels.

Ces expériences m’ont permis de développer une capacité essentielle : faire travailler ensemble des acteurs publics et privés, aligner des intérêts parfois divergents, et surtout transformer des réflexions collectives en solutions concrètes et opérationnelles.

J’ai également l’habitude de porter des sujets stratégiques auprès des instances publiques, en traduisant les enjeux du terrain en propositions claires, argumentées et applicables.

C’est ce double regard — terrain et institutionnel — qui est au cœur de mon approche aujourd’hui.

Mon rôle, à la tête de La Chaîne Logistique du Froid, est précisément de faire le lien entre ces deux dimensions : partir des réalités des entreprises pour construire des réponses collectives, crédibles et utiles, capables d’influencer et de faire évoluer notre environnement.

 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la filière du transport et de la logistique sous température dirigée ?

La chaîne logistique du froid est une filière absolument essentielle, mais encore insuffisamment reconnue à sa juste valeur.

Elle est au cœur de notre sécurité alimentaire et sanitaire, avec un niveau d’exigence très élevé : la rupture n’est pas permise.

Mais au-delà de cette exigence, c’est une filière en pleine transformation.

Elle est confrontée à une complexité croissante : transition énergétique, évolution des attentes des clients, pression économique, montée des exigences réglementaires.

Ce que je constate aussi, c’est qu’elle reste encore trop souvent perçue comme un segment du transport, alors qu’elle est en réalité une infrastructure critique.

Mon objectif est clair : contribuer à faire évoluer ce regard, pour que la chaîne du froid soit pleinement reconnue comme un pilier stratégique de notre économie.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement au sein d’une organisation professionnelle comme La Chaîne Logistique du Froid ?

Je me suis engagée parce que je suis convaincue que les transformations que nous avons à mener ne peuvent pas être portées individuellement.

La chaîne du froid est une filière complexe, avec des enjeux techniques, économiques et réglementaires imbriqués.

Aujourd’hui, la Chaîne Logistique du Froid a un rôle clé à jouer, mais elle doit évoluer.

Elle ne peut plus être uniquement un lieu de représentation ou d’échange. Elle doit devenir un véritable outil collectif au service des entreprises.

C’est tout le sens de la trajectoire que je souhaite porter : passer d’un réseau à un collectif actif, structuré autour des besoins du terrain.

Et c’est là que l’articulation avec Transfrigoroute France est décisive.

Nous avons une capacité unique : connecter les besoins opérationnels des transporteurs et logisticiens avec l’expertise technique des industriels et des experts.

C’est cette combinaison qui m’a donné envie de m’engager : faire en sorte que cette organisation produise de la valeur concrète et mesurable pour ses adhérents.

 

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels la filière est actuellement confrontée ?

Le secteur fait face à une équation particulièrement exigeante.

Le premier défi est celui de la transition énergétique. Nous devons décarboner, électrifier, optimiser nos consommations — tout en maintenant une performance opérationnelle irréprochable.

Le deuxième défi est économique. Les entreprises sont sous pression, avec des coûts en hausse et des marges contraintes. La transition ne pourra se faire que si elle est économiquement soutenable.

Le troisième enjeu est organisationnel et collectif.

La filière doit mieux se structurer, mieux se coordonner, et surtout mieux capter les besoins du terrain pour y répondre de manière concrète. Aujourd’hui, c’est encore un point de fragilité.

Enfin, il y a un enjeu majeur de représentativité.

La chaîne du froid reste encore insuffisamment audible dans les grandes décisions publiques. Nous devons renforcer notre capacité d’influence.

Ces défis sont réels, mais ils sont aussi une opportunité : celle de transformer en profondeur notre filière.

 

Quelles sont vos priorités pour La Chaîne Logistique du Froid dans les mois à venir ?

Mes priorités sont très claires et directement issues des constats du terrain.

La première, c’est de remettre le terrain au cœur de notre action.

Cela passe par une remontée structurée des besoins des transporteurs et logisticiens, et par leur transformation en actions concrètes : projets, expérimentations, solutions testées collectivement.

La deuxième priorité est de renforcer la valeur apportée aux adhérents.

Nous devons être capables de proposer des réponses utiles : sur la transition énergétique, sur les normes, sur les enjeux opérationnels.

La troisième priorité est de clarifier et renforcer notre positionnement.

La Chaîne Logistique du Froid doit être reconnue comme le point d’entrée terrain de la filière, en articulation avec Transfrigoroute France qui apporte l’expertise technique.

Enfin, je veux renforcer notre capacité d’influence.

Nous devons porter une voix claire, crédible et structurée auprès des pouvoirs publics, en nous appuyant sur des données terrain et des solutions concrètes.

 

Question bonus : dans un contexte international marqué par des tensions sur les approvisionnements énergétiques, quels sont les enjeux spécifiques pour le transport sous température dirigée et comment l’organisation se mobilise-t-elle ?

Dans un contexte international fortement dégradé, marqué par le conflit en Iran et les tensions dans le détroit d’Ormuz, le transport sous température dirigée se trouve en première ligne, exposé à un double risque désormais avéré : économique et opérationnel.

La Chaîne Logistique du Froid est pleinement mobilisée pour suivre l’évolution de la situation. Elle a saisi les organisations professionnelles TLF, FNTR et OTRE afin que les spécificités du transport frigorifique soient pleinement prises en compte dans les échanges avec les pouvoirs publics : double dépendance énergétique (gazole et GNR), continuité d’activité, exigences sanitaires.

Ces caractéristiques imposent une reconnaissance claire de notre secteur comme infrastructure critique au service de l’alimentation et de la santé.

Dans ce contexte, il me semble important de rappeler qu’il est impératif de garantir l’application stricte et systématique des mécanismes d’indexation carburant, gazole comme GNR, en pied de facture, conformément au cadre légal, en mobilisant pleinement les dispositifs existants, notamment leur révision bimensuelle.

Face à une crise qui appelle responsabilité et cohérence, l’unité de la filière est essentielle. La Chaîne Logistique du Froid continuera d’agir pour porter une voix claire, structurée et exigeante au service des transporteurs et logisticiens sous température dirigée.

Retrouvez la Note de Poisition du 10 avril 2026 de La Chaîne Logistique du Froid communiquée aux organisations professionnelles en cliquant ICI

Retrouvez notre Point de situation sur la crise du carburant au 13 avril 2026 en cliquant ICI

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