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« Le petit père Queuille », un père du froid aussi


Rédigé le Jeudi 13 Juin 2019 à 16:28 | Lu 40 fois

Plusieurs fois ministre sous la IIIe République, notamment à l’Agriculture, Henri Queuille (1884-1970) fut trois fois président du Conseil sous la IVe République et membre du parti radical-socialiste. Il fut aussi président et président d’honneur de l’Association française du froid (AFF).



Une carrière politique très riche

Henri Queuille est né à Neuvic d’Ussel en Corrèze 31 mars 1884. Son père pharmacien décède lorsqu’il a 11 ans. Il obtient son baccalauréat au lycée de Tulle puis poursuit ses études de médecine à Paris.  C’est sur les bancs de l’université qu’il rencontre Georges Duhamel, également médecin.
 
En 1908, à 24 ans, après le décès de sa mère, il s’installe comme médecin à Neuvic. Pendant ses études, il a fondé, à 20 ans, le syndicat de la Dordogne pour le tourisme et à 26 ans, en 1912, il est élu maire de sa commune, puis conseiller général en 1913 et député en 1914 à 28 ans sous les couleurs du parti radical-socialiste. Volontaire dès le début de la guerre, il est médecin militaire à l’hôpital de Baccarat. Il reçoit en 1916 la croix de guerre avec citation et participe aux batailles de Verdun et de la Somme. En 1921, il prend la présidence du conseil général de la Corrèze et en 1935, il quitte l’Assemblée nationale pour le Sénat.
 
Il entre au gouvernement pour la première fois en 1920. Ses états de service ministériels sont impressionnants : 35 fois secrétaire d’Etat, ministre, vice-président ou président du Conseil sous la IIIe et la IVe République, dont trois fois président du Conseil, 14 fois ministre ou secrétaire d’Etat à l’Agriculture, mais aussi à la Santé, aux PTT, aux Travaux publics où il créera la SNCF. Bien qu’inamovible ministre, il sera touché par l’affaire Stavisky en 1933.
 
En 1940, il est ministre du Ravitaillement du gouvernement Reynaud, et participe au congrès de Vichy le 10 juillet où il s'abstient lors de l'octroi des pleins pouvoirs à Philippe Pétain. Retiré à Neuvic, il fonde une entreprise de charbon de bois pour les gazogènes et lorsque le 16 juillet 1941, Vichy le révoque de son mandat de maire de Neuvic, il est informé que le général de Gaulle attache une grande importance à son ralliement. Après l'échec d'une première tentative, il réussit à rejoindre Londres en avril 1943 à bord d'un Lysander de la RAF. Quelques jours après son arrivée, il lance à la BBC son appel à la Résistance des paysans de France.

Résistance et retour en politique

En novembre 1943, Henri Queuille est nommé commissaire d'État du Comité français de la libération nationale dont il assure également la vice-présidence. En juin 1944, il devient ministre d'État du premier gouvernement provisoire de la République et, assure l'intérim de la présidence pendant les absences du général de Gaulle, mais après la Libération, il se retire en Corrèze. Il est battu aux élections législatives de 1945 pour la première et seule fois de sa carrière, mais il redevient maire de Neuvic.
 
Favorable au rétablissement des institutions républicaines, Queuille se consacre, dans les mois qui suivent la Libération, au relèvement et à la réorganisation du Parti radical, durement éprouvé par la guerre et l'occupation.
 
Il retrouve son siège au palais Bourbon de 1946 à 1958. Il fait partie des gouvernements successifs de 1948 à 1954 en tant que président du Conseil ou bien ministre d'État en 1948 (cabinet Marie) et en 1951-1952 (cabinet Pleven), ministre des Travaux publics en 1948 (cabinet Schuman), ministre de l'Intérieur en 1950-1951 (cabinet Pleven puis dans son propre gouvernement), vice-président du Conseil en 1949-1950 (cabinet Bidault) et en 1952-1954 (cabinets Pinay, Mayer, Laniel).

Un artisan de l’essor du frigorifique

Tout en assumant ses fonctions ministérielles, Henri Queuille a accepté la présidence de l’Association française du froid (AFF) à la suite de Joseph-Honoré Ricard dont il avait été le secrétaire d’Etat à l’Agriculture. Il rénovera l’AFF avec les pionniers du froid en participant activement et effectivement à ses réunions et manifestations. Il mettra toute son énergie à rompre les obstacles politiques qui se présentent encore à l’essor frigorifique.
 
En 1949, il accepte la présidence de l’Institut international du froid (IIF) qui se remet difficilement de la guerre pendant laquelle il avait interrompu son activité. Henri Queuille saura mettre fin aux débats sur les statuts et la localisation de l’IIF qui restera à Paris. Son action sera couronnée lors du Congrès international du froid qu’il préside à la Sorbonne en 1955.
 
Henri Queuille a également présidé la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricole de 1935 à 1959.
 
Ses problèmes de santé ont pratiquement mis fin à sa carrière ministérielle à la fin des années 1950. Mieux portant, il aurait facilement succédé à Vincent Auriol à la présidence de la République. En décembre 1953, alors qu'à Versailles l'élection du nouveau chef de l'État s'éternisait, et beaucoup espéraient qu'il finirait par se présenter pour sortir l'Assemblée de l'impasse, il préfère s'abstenir et vivra encore plus de 16 ans. Henri Queuille, qui avait distribué tellement de médailles, refuse la Légion d'honneur pour lui-même, et à part la croix de guerre, il n'accepte que celle de la Société nationale d'horticulture de France.
 
Henri Queuille est décédé à son domicile le 15 juin 1970 à Paris. Il repose au cimetière de Neuvic d’Ussel en Corrèze.
Une statue de Henri Queuille figure sur la place à Neuvic, et une plaque commémorative à son domicile au n° 100 de la rue du Cherche-Midi à Paris.
Le 4 mai 1982, le président de la République, François Mitterrand, se rend à Neuvic (Corrèze), pour l'inauguration du musée Henri Queuille consacré à la Résistance, en présence de Jacques Chirac, alors député de Corrèze et maire de Paris.

Que reste-t-il d’Henri Queuille

Outre le fort développement de l’industrie du froid industriel, Henri Queuille a laissé : la SNCF, la première tentative d'homologation des pesticides, le développement de la mécanisation agricole et de l'électrification rurale, la cinémathèque du ministère de l'Agriculture, la caisse nationale de Crédit agricole, le corps du génie rural, le reboisement, l'essor du tourisme en Corrèze et, en hommage à la présidence de la Société nationale d'horticulture de France, une variété de roses (obtention Gaujard, 1952) qui se nomme «Président Henri Queuille».
 
Gérald Cavalier

Président de l’AFF - Association Française du Froid

Crédit photo : Gallica / BNF 

(Source : Charles David, In Memoriam « Le président Henri Queuille », Revue générale du froid n°7 juillet 1970)